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Retour en Allemagne
Sur les 19 voyages que j’ai
effectué en Allemagne depuis 1985, le nord du Nord (Schleswig Holstein)
m’a laissé le meilleur souvenir (trois visites en août 1991,
93 et 94).
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Dimanche 1er septembre
Départ de Nice à 9H 35 par
une chaleur moite typiquement niçoise : vivement le changement d’air
!
Sur l’Autoroute ESCOTA, nous retrouvons
nos chers Italiens “fantaisie”, garés sur la bande d’arrêt
d’urgence comme si c’était un parking (un must : on les voit
en train de téléphoner !). Après la sortie à
Menton, nous prenons la route en lacets vers Sospel, par le Col de Brouis,
à travers la verte campagne dans un air qui devient un peu moins
moite. A 11H30, nous abordons le tunnel de Tende, toujours aussi dangereux,
vieux, étroit, sans marquage blanc sur le côté.
Côté italien, la route est
meilleure, le trafic important (90% d’Italiens se dirigeant vers la France,
l’inverse n’étant pas vrai)
Premier stress italien : un conducteur reculant
sur la chaussée dans un lacet étroit.
Le temps se couvre un peu sur Cuneo, le
nature italienne reprenant ses droits : sauvage, à l’abandon. Un
rond-point italien, recouvert d’herbes folles, à l’opposé
de nos ronds-points pharaoniques à la française.
Mais pourquoi ces couleurs sombres des façades
(bruns, verts) dans un pays de soleil ?
La route qui mène à Fossano
est rectiligne, en bon état, entrecoupée de ces rond-points
désormais européens : rien à critiquer !
A Fossano, le panneau indiquant l’Autoroute
est par contre minuscule (et vert mais c’est la couleur de l’autoroute
en Italie).
M. s'énerve au péage, le ticket
étant inaccessible.
Presque personne sur cette portion d’Autoroute
toute neuve, bien agréable. Nous filons à 170km/h, bien ventilés
grâce à la vitre arrière descendue.
Deuxième stress : un Italien démarre,
sans clignotant, depuis la bande d’arrêt d’urgence !
“Alt Stazione” : premier péage (4,3
euros), puis nous contournons Torino par la “tangenziale”, direction Milano.
Je suis de nouveau étonnée
par ces couleurs de façades (bruns, rouges sombres) qu’on retrouve
un peu également en Espagne : le Sud, qu’on imagine si gai, aime
finalement les couleurs austères ?
| Ayant bientôt rejoint l’A4, quasiment vide en ce dimanche (chance !), nous faisons un arrêt pique-nique : les toilettes sont “à la turque” mais possèdent un miroir (le look d’abord !). Les murs de la station service sont couverts de photos de belles voitures ayant fait un arrêt ici : Ferrari de toutes les couleurs prises sous tous les angles par un amoureux (très Italien ?) des “belle macchine”. | ![]() |
Très “dégaine”, un Italien
conduisant pieds nus, le pied gauche reposant sur la vitre gauche !
Il fait très chaud dans cette région
de Milan sur-industrialisée (entre 29 et 32°, c’est selon !),
le ciel semble crasseux ; pollution ou climat brumeux ?
Après Bergamo et Brescia, deux villes
également très industrielles, nous quittons l’A4 (péage
: 4,8 euros) pour la route du “Lago di Garda” (Lac de Garde) … Route qui
se révélera impossible à trouver, la signalisation
étant trop déficiente à mon goût. Embarqués
sur la SS45 (route nationale) qui va dans la même direction, nous
décidons d’y rester, espérant éviter les foules de
touristes des bords de lac. Bonne idée au début, la route
étant belle, roulante, bien dégagée dans le sens de
la montée.
Pour quelques maisons coquettes, les villages
que nous traversons s’avèrent du style lépreux et gris, même
si on sent un riche passé (mais dans quel état !). Entre
nature à l’abandon et efforts de propreté (et même
quelques fleurs au bacon), talus bien tondus et herbes folles, le mélange
sud-nord me parait ici intéressant …
La route monte plus fort, traversant des
villages à moitié délabrés, du moins vus de
l’extérieur, fleuris de beaux massifs de géraniums. Toujours
le même beau patrimoine ancien très peu restauré.
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Idro : enfin un joli village coquet au bord
d’un lac, entouré de collines vertes, où l’air devient meilleur.
Passé Idro, plus personne sur la route : nous entrons bientôt
dans la province “del Trentino - Alte Adige” (Trentin-Haut Adige),
où déjà les couleurs des façades s’adoucissent
et prennent un air plus germanique (vert amande, jaune vif). Une scierie,
des vélos, un chalet rose bonbon et fleuri qui a des airs “suisse”
ou “autrichien”. Les villages deviennent de plus en plus “germaniques”,
en même temps qu’apparaissent les prés verdoyants bien tondus
et … les tables de pic-nic en bois au bord de la route. Bien que l’italien
reste la langue locale.
A Bondo (840 mètres d’altitude), les trottoirs sont nickels, pavés : une maison délabrée pour dix pimpantes et fleuries. |
La route est un noir tapis de velours, un
premier “Gasthaus” : les habitants de cette région seraient-ils
des Autrichiens devenus Italiens (de force ?)
Après Madonna di Campiglio, belle
station de montagne très chic, nous faisons un arrêt sur un
parking avec vue à couper le souffle sur les Dolomites, fières
parois rocheuses vertigineuses.
Ensuite, la route monte très raide,
jusqu’au col Campo (1600 mètres) avant de redescendre … Mais où
? En l’absence de signalisation claire, nous commençons à
comprendre que cette route n’était pas la plus directe. D’autant
qu’elle tourne beaucoup. Essayons de rejoindre l’autoroute au plus vite
… par une très longue route qui descend sur Trento. Il est plus
de 20h quand nous arrivons enfin sur l’A22, le Brenner étant encore
à 120 kilomètres.
| C’est en allemand (“Willkommen”) que le
Haut Adige nous souhaite la bienvenue : la nuit tombe bientôt, tandis
que nous fonçons vers notre gasthof Egg réservé par
internet : un dernier péage (6,8 euros), le Col du Brenner et enfin
notre sortie vers Obernberg, à la frontière autrichienne,
sous une petite pluie fine.
Après 830 kilomètres (au lieu des 700 prévus), nous serons récompensés par la vue du magnifique chalet de bois sombre, si autrichien, du Gasthof Egg. L’accueil de Frau Egg est aussi souriant et chaleureux que le décor, et notre chambre à la hauteur de notre attente : immense, parquet en lattes de bois, vaste lit à deux matelas, couette et oreillers énormes et moelleux… Quelle joie de retrouver cette ambiance si “gemütlich” (voir lexique), de dîner d’un “Schinken Käse toast” présenté sur une assiette en bois … Ensuite, au lit sans tarder. |
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Lundi 2 septembre
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Vu du balcon, le paysage tyrolien, ses prés bien tondus verdoyants, ses chalets propres et fleuris, me réchauffe le coeur. Après une nuit d’un sommeil de plomb (aucun bruit et un air enivrant), je me sens revivre en écoutant le discret bruissement du ruisseau et les clarines de vache au loin. Un copieux Frühstück (voir lexique) achève de nous dynamiser et c’est à regret que nous quittons Obernberg, son clocher pointu et ses quelques chalets entourés d’un cirque de montagnes rocheuses, par une journée magnifique, sous un doux soleil de montagne. Promis, on reviendra … (sur internet : http://wipptal.net/egg) |
Après Scharnitz, nous sommes en Allemagne,
où apparaissent les rails de sécurité et les balises
réfléchissantes de même que la signalisation impeccable
qu’on ne trouve qu’ici, en ce pays de la perfection.
Pourtant, comme pour me contredire, un motard
allemand sort de stationnement sans regarder et un autre double dangereusement
!
La nature reste aussi verdoyante et entretenue,
la piste cyclable, que se partagent marcheurs et vélos, parfaitement
dessinée et bitumée, avec même une bande blanche dans
les virages : vous avez dit perfectionnisme ?
Un ralentissement à l’entrée
de Garmisch-Parten Kirchen, célèbre station de montagne -
ses belles maisons peintes, ses larges avenues, ses grands parcs.
Dans la riche Bavière, la route est
un tapis de velours ourlé de blanc, les panneaux immenses et jaunes
parfaitement lisibles…
Peu avant 14h, nous retrouvons l’Autobahn
(voir lexique) allemand “wagnérien”,
à vue d’oeil, plus large que la moyenne : chaque voie (souvent au
nombre de trois), est plus large mais également la bande d’arrêt
d’urgence … Parfaitement sécurisant et reposant, il permet d’avancer
vite sans stress, même quand la circulation est dense.
Après une halte pour déjeuner
de “curry wurt” dans un Rasthof, nous filons sur München puis Nürnberg,
sereins, au milieu de conducteurs parfaitement fiables, qui mettent le
clignotant même pour se rabattre (dire que chez nous, le clignotant
a quasiment disparu !). Exception qui confirme la règle, une dingue
en Audi A2 nous fait une queue de poisson : sans doute pas contente de
l’appel de phare, elle revient pour nous en faire une deuxième :
basse vengeance de femme ??
Le ciel bleu pâle est parsemé
de petits nuages blancs pommelés. Ici, tout est vaste, large, pensé
en grand : on respire … Ingolstadt, la ville d’Audi, où nous sommes
surpris par le bruit des réacteurs d’un avion de chasse, certainement
en provenance des bases militaires américaines de la Bavière
du Nord.
Le ciel est bleu pâle, presque sans
nuages. Après Bayreuth, nous faisons un arrêt dans un “Autohof”.
Qu’est-ce donc ? Voila qui est nouveau ici
: un immense parking tout neuf, à la sortie de l’autoroute (et non
pas une aire d’autoroute), comprenant une station service, un MacDo, un
parking et un restaurant à poids lourds.
"Welcome in America", avec ses “gas-food-lodging”
si pratiques : une manière intelligente de prendre ce qu’il y a
de bon aux USA, en l’interprétant à l’allemande, c’est à
dire avec des couleurs rutilantes et une propreté parfaite. Bleu
et noir de la station Aral, jaune et rouge de Mac Do, rouge vif d’une Porsche
… Ces couleurs franches qui crachent, dans une odeur d’herbes (les camions
ici ne sentent rien : bien réglés ?), c’est bon pour le (mon)
moral !
Après une délicieuse Schöller
Eis (les glaces Schöller : voila une bonne raison d’aimer l’Allemagne
!), nous reprenons l’Autobahn A9 dans ce beau paysage champêtre de
la Bavière du Nord, ses champs verts bien tondus, ses forêts
en bosquets, taillées à l’iroquoise. J’aime cette nature
civilisée.
Les murs anti-bruit sont écolos ici
: en lattes de bois ou même transparents, pour admirer quand même
le paysage.
Ah ces conducteurs allemands de grosses
berlines : à 250km/h, quand on conduit aussi bien (belles trajectoires,
clignotant pour se rabattre), c’est sans risque.
Dès notre entrée en Thuringe,
en ex-DDR, le revêtement devient soudain tressautant, rainuré
: les dalles de béton de la dernière guerre sont toujours
là !
Je suis étonnée qu’on n'ait
pas amélioré cet autoroute de transit qui mène à
Berlin, la nouvelle capitale de l’Allemagne réunifiée … Mais
bientôt, nous sommes ralentis par des travaux de doublement des voies
: j’ai parlé trop vite car, une fois sortis des travaux, nous retrouvons
un magnifique tapis de velours flambant neuf, et à trois voies.
A partir de là, nous nous amusons à compter les ponts neufs,
les parkings neufs et les portions en cours d’agrandissement : c’est non-stop,
en réalité jusqu'à Potsdam, notre destination.
La nature est encore belle, mais moins bien
entretenue, quelques sous-bois étant à l’abandon. Sur le
coup de 19h, nous entrons en “Sachsen-Anhalt” (Land de Saxe-Anhalt), découvrant
quelques éoliennes et même quelques publicités sur
pied (une chope de Bitburger !), à l’américaine, dans les
champs.
Il est 20h30 quand nous sonnons à
la porte d’une petite maison blanche, qui, restaurée et bien proprette,
semble se démarquer de l’environnement tristounet, pavages inégaux,
grille rouillée et herbes folles : “ich komme “ (je viens) nous
annonce l’interphone. Après plusieurs longues minutes, apparaît
… de la maison d’en face, un petit bonhomme boitillant qui s’avère
être Christian Rüger.
Même si nous sommes quelques peu méfiants
au premier abord, il nous fait visiter une chambre entièrement refaite
à neuf, mise aux standards les plus élevés de l’Ouest,
qui nous apporte du baume au coeur.
Comme il est tard, nous nous contenterons
pour dîner d’une "Curry Wurst" (saucisse au curry) chez l’Imbiss
(tenu par deux Turcs, père et fils !) du coin. Les “Kebabs” à
2 euros ont l’air de plaire à la jeunesse locale (rare). La nuit
étant noire, et le coin mal éclairé, nous ne pouvons
explorer la petite ville de Treuenbrietzen, mais elle nous parait à
moitié abandonnée, les trottoirs défoncés et
les maisons, autrefois belles, en mal de restauration.
Mardi 3 septembre
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Ce matin, nous partons aux aurores (10h
!), après un Frühstück complet, sans oublier l’oeuf couvert
de son bonnet de laine, impeccablement présenté dans la petite
pièce ad hoc, avec plante verte et géraniums à la
fenêtre. Même s’il faut noter que la charcuterie est très
certainement “locale”, un peu “rustique”, nous sommes touchés par
les efforts faits par ce qu’il faut bien appeler encore des Allemands de
l’Est, pour se mettre au niveau de leur riche frère de l’Ouest.
Pour 44 euros la nuit et le petit déjeuner, c’est une bonne adresse, toute proche de Berlin et Potsdam. Sur internet : http://www.landhaus-rueger.de/ |
De jour, la traversée de Treuenbrietzen
nous confirme que cette petite ville a un beau patrimoine ancien, encore
semi-abandonné. Seule la route d’accès est refaite à
neuf. Comme d’ailleurs toutes les routes de l’ex-DDR que nous emprunterons
… Une priorité pour les Allemands, les routes. Et nous Français,
par quoi aurait-on commencé ??? J’ai peur de la réponse …
!
Plus loin, nous aurons la confirmation que
l’ex-DDR est visiblement en cours de relèvement de ses ruines :
chaque village possède déjà quelques maisons repeintes
de frais et plusieurs ruines encore délabrées.
Les panneaux électoraux fleurissent,
les élections approchant en ce mois de septembre 2002 : de toutes
petites affiches attachées aux arbres, bien discrètes et
ne gâchant pas l’environnement. Une leçon à prendre
?
Bientôt sur l’A9, autoroute à
trois voies flambant neuf qui mène à Berlin, où on
sent l’approche de la grande ville (un bouchon !) puis sur l’A10 direction
Hamburg, à travers le “Brandenburg”.
Le Brandebourg : un paysage presque plat
mais intimiste, légers vallonnements au creux desquels se cachent
quelques fermes, la vue étant limitée par des bosquets d’arbres
très variés, bouleaux et peupliers, conifères et pommiers
… Les champs cultivés se terminent par une rangée de fermes
blanches entourées de haies. Des nuées d’étourneaux
s’envolent au dessus des champs …
Encore des travaux routiers, encore un pont
en construction, un convoi militaire anglais (encore là, les Anglais
?) et une forêt d’éoliennes NORDEX (on compte dix fois plus
d’éoliennes en Allemagne qu’en France, parait-il).
Sur le coup de midi, je découvre
que ma carte routière a vieilli (vérification faite, elle
date de 1981 !) : l’autoroute A24 n’existe pas et pourtant elle existe,
construite par la DDR ! La preuve : les dalles de béton avec joints
de dilatation, comme avant guerre …
Nous sortons prendre de l’essence sur un
de ces nouveaux “Autohof” à l’américaine (MacDo + Shell +
Audi + Garden Center etc) flambant neuf. Bien pratique et moins cher que
sur l’autoroute.
Ce paysage de caractère me plaît
: déjà nordique, comme la lumière (blanche) et le
ciel (bleu pâle).
Après un bref arrêt sur l’aire
“Hüttener Berg” pour déguster un "Cornetto Soft", le temps
reste radieux, tandis que notre petit problème de pot d’échappement
semble, à l’oreille, s’aggraver. Obligés de rouler mollo,
nous sommes doublés par des fusées supersoniques lancées
à 200 (ou plus).
Bientôt, nous quittons l’autoroute
pour la route 199, accompagnés par un temps toujours parfait, air
doux et léger, tandis qu’apparaissent les premières maisons
typiques de la Frise du Nord, avec leur toit de chaume. Prenons par Osterby,
tout petite route moins chargée, tranquille et verdoyante, longée
par une piste cyclable bucolique. Un champs de maïs, quelques vaches
noires et blanches, moutons et chevaux, odeur de fumier, un sous-bois fleurant
bon l’humus et le champignon … Nous sommes enfin arrivés dans notre
petit paradis.
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