CARNET DE ROUTE/Allemagne, septembre 2002
 
Retour en Allemagne (2)

Situé tout au nord de l'Allemagne, Süderlügum est idéalement placé pour jouer à saute frontière entre Allemagne et Danemark, deux pays proches et différents qui ont en commun, la Wattenmeer … et les blondinets !

Nous sommes enfin arrivés dans notre petit paradis.
Il est 17h quand nous entrons dans Süderlügum, à la recherche de la Westerstrasse. Pas si facile à trouver, mais cela nous permet de repérer un peu les lieux : un village allemand, où tout est propre et à sa place. De minuscules rues tranquilles (zone 30) bordées de belles maisons parfaitement entretenues, de même que jardins et pelouses.
 
Arrivés au numéro 8, nous restons bouche bée en découvrant que la belle maison à toit de chaume est à nous, avec jardin et petit portail blanc donnant sur la rue, les Johannsen habitant une aile plus récente sur le côté.
Nous nous retrouvons soudain assis sur un confortable canapé, buvant le café offert par nos hôtes, Hans et Kjestine, incroyablement hospitaliers et heureux de faire connaître leur région … Même s’ils parlent trop vite à mon goût, et bien sûr uniquement en allemand !
Pour finir, Kjestine me fera une bise chaleureuse, avant de nous laisser soudain seuls, avec beaucoup de discrétion : la grande classe !
Nous restons quelque peu éberlués d’être les seuls maîtres de cette petite maison bleue au toit de chaume, entièrement équipée (TV grand écran, mini-chaine, plaque à induction et four à micro-ondes inclus). Et décorée avec un goût très sûr par Kjestine, dans des dégradés de bleus très “danois”, elle même étant d’origine Danoise.

Partons ensuite pour la corvée de courses, Süderlügum comptant plus d’une dizaine de supermarchés, du fait de sa position de ville frontalière.
Comme nous l’a expliqué Hans, les Danois viennent ici faire leur shopping, remplissant leurs coffres de cigarettes, alcool et autres nourritures terrestres, bien meilleur marché que dans leur pays, où la TVA est à 24% (tiens, pour une fois, la France n’est pas le pays le plus taxé !)
Essayons le “SKY Discount”, où nous serons agréablement surpris de trouver des produits en moyenne 30% moins chers qu’en hypermarché français. Mais sont-ils bons ? La réponse est oui, (malheureusement !), comme nous le constaterons bientôt, assis sous la lampe à la petite table de notre petite cuisine entièrement équipée. La plupart des produits premier prix se révélera être de très bonne qualité : un jambon de Forêt Noire fumé avec du goût, des saucisses bien croquantes, des yaourts délicieux, légers et digestes et du pain aux céréales … à démoder nos baguettes et autres ficelles sans goût.
Après une soirée “comme à la maison” sur le canapé confortable, devant la TV (en allemand, certes) et en écoutant la radio (on ne se refuse rien : surtout que nous avons trouvé une "Radio Nora" qui diffuse "les meilleurs hit des années 60, 70 et 80"  !), au lit dans la petite chambre (au grand lit à deux matelas) de notre petite maison bleue.

Mercredi 4  septembre
 
Réveil à l’aube (8h30 !) dans notre petite maison, dans laquelle nous flemmardons … jusqu’à midi, tellement on s’y sent “comme à la maison” !
Le temps étant gris, nous décidons que c’est le bon jour pour visiter le musée Emil Nolde, peintre expressionniste originaire du coin. Nous partons à pied … avant de comprendre que le musée est à Aventoft … 8 kilomètres plus loin ! Une autre fois, à la prochaine averse.
Après un tour de repérage dans Süderlügum et quelques emplettes - le Brötchen (petit pain rond croustillant) est à 20 centimes d’euros et les 6 oeufs à … 69 centimes chez Lidl ! - nous déjeunons dans notre petite cuisine bleue.

Vers 14h30, un timide soleil pointant son nez, nous partons en voiture vers la Réserve d’oiseaux dont nous a parlé Hans Johannsen : via Aventoft (où nous repérons une piste cyclable prometteuse ; bien longue) et ses jolies maisons à toit de chaume. Direction Klanxbüll, où le vent souffle plus fort, à l’approche de la Nordsee (mer du Nord). Bientôt, la route se termine sur un talus herbeux derrière lequel il doit y avoir la mer. C’est une digue de protection !
 
Poursuivons par la route rectiligne, qui longe la digue en contrebas, cherchant une ouverture quelconque sur la mer : c’est ici le paradis des éoliennes, qui se tiennent en rang serrés, profitant du vent, tandis que les fermes se cachent au contraire derrière de hautes haies d’arbres, belles maisons de brique au toit pointu, coquettes et fleuries. Le temps devient agréable, un vent doux ayant chassé peu à peu les nuages. Sur la “digue” (une levée de terre recouverte d’herbes qui protège tout le littoral sur des kilomètres), paissent des moutons ventrus et dodus à souhait et quelques vaches noires et blanches (des “Blondes d’Aquitaine” comme l’indique un panonceau ?).

A 16h, enfin la mer, à Dagebüll, qui n’est rien d’autre qu’un port de départ des ferries pour les fameuses îles de la Mer du Nord. Le moindre parking y est payant et il n’y a rien à voir … repartons en suivant toujours la “Deich” (digue) verdoyante et ses heureux moutons bien gras.
 
Enfin, peu avant Schüttsiel, nous trouvons un mini-parking d’où l’on peut, en poussant un petit portail de bois, monter sur la digue et voir enfin, vraiment, la mer. Ou du moins la “Wattenmeer”, sorte d’avant-mer marécageuse, où l’on peut marcher, large de centaines de mètres et paradis des oiseaux. Nous empruntons le chemin qui longe la Wattenmeer pour une longue promenade revigorante, entre moutons et goélands, avec dans les poumons un merveilleux air vivifiant et sous un ciel qui finit par se dégager, sans un seul être humain à perte de vue … Du moins jusqu’au petit port de Schüttsiel, également un départ de bateaux pour les îles mais moins couru que Dagebüll. Nous y admirons quelques bateaux de pêche … 

 
 … ainsi qu’un magnifique autocar des années 60, de la marque allemande Ruger : son toit transparent doit offrir aux passagers une vue panoramique…
De retour à la voiture à 18h, nous repartons, sans le toit, grisés par le vent, survolés par des centaines d’oiseaux, à travers les champs de blanches éoliennes élégantes. 
Nous traversons Bredstedt et ses maisons de la Frise au toit de chaume, dont certaines sont neuves, semble-t-il.

- “Schröder wahlen” (choisir Schröder) clame le SPD, en panne d’idées (?) et “Zeit zur Taten” (le temps de l’action) lui répond la CSU de Stoïber.


 
La Wattenmeer

Le Watt est né de dépôts de sable datant de la dernière glaciation et se modifie encore aujourd'hui. À l'embouchure de l'Elbe, la largeur des "terres inondables" peut atteindre 20km entre le continent et la mer. On les appelle ainsi car avec la marée, une grande nappe d'eau les recouvre et s'écoule lors du reflux.
D’où ce paysage humide et sablonneux, unique au monde.
Le Parc national de la mer des Wadden a été créé au Schleswig-Holstein en 1985. Il commence au nord près de la frontière danoise et se termine au sud près de l’embouchure de l’Elbe. Il couvre 441 000 ha, ce qui en fait le plus grand parc national de l’Allemagne et la plus grande aire de repos pour oiseaux migrateurs de toute l’Europe.
Pour en savoir plus : wattenmeer-nationalpark.de/themen/life/fr.htm

Le retour “zur Hause” (à notre maison !) est rafraichissant car le froid tombe dès que le soleil disparait.
Hallucination : un Français de la Loire (42) dans un Renault Scenic (ce sera le seul et unique de notre séjour !).
Après quelques courses chez Spar - dont une pizza à 1,5 euros qui se révèlera délicieuse  … et par contre un demi-pain aux oignons très cher (1,35 euros) mais nous avons fait l’erreur d’oublier qu’ici, on ne mange pas de pain avec le repas, donc c’est un luxe - nous regagnons à pied notre maison, à laquelle je commence à m’attacher sérieusement !
 
Jeudi 5 septembre

Levée avec un soleil radieux, je prépare le Frühstück à l’allemande, tel qu’on a l’habitude de le manger à Nice, sauf qu’ici les produits sont allemands et … meilleurs.
Après avoir acheté les Brötchen (énormes, délicieux) du lendemain, nous sommes prêts pour une première randonnée en rollers. 
En route pour Aventoft, où nous nous garons sur un petit parking désert, devant une fière église de brique à clocher pointu, au départ d’une piste cyclable … 

Nous chaussons nos rollers et c’est parti pour deux heures de course sur cette merveilleuse piste au revêtement parfait, qui ondule à travers les champs cultivés en suivant le tracé de la route.
Une sensation incroyable, d’être ainsi en pleine nature, caressés par un doux soleil, respirant cet air enivrant si pur mêlé aux odeurs d’herbes, sans personne à l’horizon, si ce n’est en tout et pour tout deux vélos et trois piétons. 
Aucune comparaison avec notre Prom’ (“Promenade des Anglais” pour les initiés) niçoise surpeuplée - et indisciplinée : ici, on respecte le vélo, il est même prioritaire !

Après la douche et le déjeuner, nous repartons aussitôt en voiture, sans le toit, pour profiter d’un temps toujours radieux (pourvu que ça dure).
En route pour le Danemark : dès l’ex-frontière, à 3 kilomètres, nous quittons le pays de la perfection, le revêtement devenant un poil moins parfait, les abords un peu moins bien tondus, la nature un brin moins entretenue. Empêchés d’entrer dans Tønder pour cause de travaux routiers, nous mettons cap au Nord, direction Ballum.
Au premier coup d’oeil, le Danemark nous apparait comme un pays moins moderne, plus agricole (ici on vend partout des “Kartofler”), moins tourné vers l’avenir que l’Allemagne.
 
Prenons cette petite route pour essayer de trouver la mer. Le paysage semble décidément beaucoup plus agricole que côté allemand : fumier, balles de foin, procession de vaches … Et il manque quelque chose … Ah oui, les fleurs : ici, pas de fleurs, juste quelques haies plus ou moins taillées. Non fleurie, la brique semble plus austère.
Enfin, un chemin en gravillons nous conduit sur un parking en bord de mer : un coin sauvage, quasi désert, où ne sont garés que quelques Allemands. La plage aussi est sauvage, sable blanc parsemé d’herbes et d’algues desséchées : idéale pour une petite ballade à deux, pieds nus mais blousons fermés, fouettés par un vent plus que vivifiant …  Nous sommes séduits par ce pays nature et sans chichis !
Une heure plus tard, nous visitons Højer, village assez plaisant et tranquille (pas un chat !) où nous admirons (de l’extérieur car fermé à 16h : on se couche tôt ici !) un superbe moulin repeint de blanc mais datant de 1857.
Reprenons la route vers Rudbøl, qui traverse un plat pays vert peuplé de moutons, chevaux, vaches et nuées d’étourneaux. Plusieurs maisons au toit de chaume se cachent derrière de hautes haies d’arbres, comme en Allemagne mais les maisons anciennes sont plus nombreuses au Danemark, ce qui est logique car non détruit par la guerre.
Bientôt de retour côté allemand, nous filons comme le vent (toit enlevé mais vitres remontées), soleil dans le dos, dans les odeurs d’herbes et de miel (le foin ?) pour gagner Niebüll : une petite ville de brique sympathique, propre et moderne … avec sa rue piétonne, un grand classique des villes allemandes, grandes et petites. Quel plaisir de déambuler dans une rue sans voitures : à imiter d’urgence.

Vendredi 6 septembre

Levés à 9h (la fatigue du roller !), le ciel se dégage bientôt tandis que nous trainassons autour de la table du Frühstück, encore ébahis de la qualité des produits premier prix allemands : pain, céréales, confiture, crême, jus de fruits multivitamines sont de qualité supérieure à moitié prix !
Fins prêts à midi (!), nous retirons des euros au distributeur du coin (vive l’Euro !) et prenons de l’essence chez “notre” vieux pompiste bonhomme en saloppette bleue (il vend le super 95 à un euro !) avant de prendre la route 5, un confortable tapis de velours rectiligne, direction Husum.
Nous regardons, un peu interloqués, une Golf conduite par un jeune du coin, arrêtée à un stop, qui … recule de quelques dizaines de centimètres car, non pas gênant la circulation mais peut-être trop avancé par rapport à la position idéale ? Pour moi, le perfectionniste allemand dans toute sa splendeur !
 
Quittons la nationale 5 pour la presqu’ïle de Nordstrand, sur la Wattenmeer (mer de Wadden, en français), pour encore une fois admirer les moutons dodus broutant sur leur talus herbeux, et la piste cyclable qui serpente dans la vaste lande. 
Garés à Nordhafen, nous partons à pied pour une grande ballade vivifiante sur la digue : de là-haut, on domine le plat pays cultivé et la Wattenmeer survolée de goélands.
Quand les quelques rayons de soleil arrivent à percer les nuages, il fait presque bon, malgré le vent : mais de là à se baigner, comme le font deux courageux … Gla-gla !
En route pour Husum, toit enlevé mais vitres relevées contre le vent, à travers un beau paysage vert, entrecoupé de haies protégeant ces jolies maisons à toit de chaume dont je ne me lasse pas (j’en veux une !!!)
A Husum, petit port sur la Nordsee que nous connaissons et aimons beaucoup, nous trouvons un parking payant (à 1 euro les 3 heures, c’est correct) … et qui de plus rend la monnaie si on n’a pas tout utilisé !
Husum a changé, s’est embelli : finis, les camions qui vendaient des Fisch Brötchen (petits pains garnis de poisson fumé) sur le port, on a construit à la place … un gigantesque restaurant, en forme de paquebot métallique ultra-moderne !
Un nouveau souterrain permet de rejoindre l’avant-port, où nous trouvons un snack self-service qui vend des Krabben Brötchen (petit pain fourré de crevettes fraichement pêchées, à 2,50 euros), qu’on mange dehors, assis à une grande table de bois. Nous flânons ensuite dans cette ravissante petite ville : ses boutiques d’artisanat plus ou moins local (?), brocantes, rues pavées et bâteaux amarrés plaisent apparemment aux touristes - mais rien à voir avec St Trop’, quand même…
Puis, nous reprenons la route 5, bien aérés mais vitres relevées, le soleil, bien que voilé, restant toujours présent. La mode du “rond-point à l’anglaise” est décidément européenne.

- “Das Weg ist klar : aufwärt” (le chemin est clair : en haut !) proclame Stoïber … Clair, en tous cas, pour lui !
De retour “zu Hause”, vers 19h, pour une soirée détente-télé-radio sur l’énorme canapé du salon et le fauteuil relax en cuir (mon préféré), tous deux plutôt laids à mon goût mais tellement confortables !
Dehors, une pluie aussi soudaine que violente, qui s’arrête brusquement, avant de reprendre : bizarre … mais idéale pour arroser les luxuriants massifs de fleurs devant notre fenêtre.

Samedi 7 septembre

Le soleil semble aujourd’hui plutôt paresseux, pointant son nez entre deux nuages. Le temps se stabilisant ensuite, nous décidons de partir pour Rømø, cette île danoise tant vantée par Kjestine, avec deux Brötchen en guise de pic-nic.
Toujours par l’incontournable nationale 5, où nous croisons autant d’Allemands que de Danois, mais cette fois cap au Nord. Un bon vent doux souffle sur la vaste plaine verte, tandis que la circulation diminue à l’approche du pont donnant accès à l’île de Rømø. Un pont, ou plutôt une chaussée surélevée au dessus de la Wattenmeer. Un paysage unique que cette Wattenmeer, mi-terre, mi-mer peuplée de moutons dodus, lande vert-gris et mer brun-bleu-gris.
 
Rømø : une lande sauvage restée à l’état de nature, sillonnée de pistes cyclables parfaitement bitûmées, parsemée de parkings de terre battue avec tables en bois, bordée de kilomètres de plages de sable blanc où poussent les herbes, seulement bâtie de quelques maisons typiques, rouge sombre avec toit de chaume et d’une fière église blanche datant de 1751.
Après avoir repéré l’embarcadère des ferries pour l’île allemande de Sylt (un bon plan car l’aller-retour n’est qu’à 6,20 euros … au lieu de 25, côté allemand !), nous nous garons sur le parking écolo de Sønderstrand, une merveilleuse plage bordée de sapins et d’eucalyptus et parsemée d’herbes blanches.
Nous comprenons bientôt qu’ici, on marche sur l’eau : la Wattenmeer n’a qu’entre 5 et 10 centimètres de profondeur, elle est tiède et on peut marcher vers le large sans se mouiller autre chose que les pieds, sur des kilomètres !
On peut également rouler sur l'eau, avec un bon 
4X4 !
Ebahis, nous enlevons nos chaussures pour une fantastique expérience de ballade sur l’eau, entre ciel et mer, quasiment seuls, fouettés par le vent mais réchauffés par un doux soleil : 
                         … inoubliable !

Plus loin, ayant repris la voiture, nous trouvons une belle table de bois pour un petit pic-nic bien ventilé - le vent est omniprésent dans cette région de la Mer du Nord.
 
Après avoir sillonné l’île vite fait (car elle est minuscule), nous arrivons à Lakolk, sur la célèbre plage aux cerfs-volants : un super-gigantesque parking de sable dur, où sont garés, en ce samedi après-midi, des centaines de voitures, danoises et allemandes, pour participer au grand concours de cerfs-volants qui dure plusieurs jours à cette époque de l’année. Surréaliste !
Un petit arrêt, pour faire comme tout le monde, au centre commercial voisin (quelques boutiques de bougies et autres fringues sans intérêt et très chères), et il est temps de quitter Rømø … par le chemin des écoliers, petites routes champêtres où nous admirons encore de belles maisons anciennes, datées sur la façade, dont beaucoup sont du siècle dernier.

Dimanche 8 septembre

Un beau dimanche s'annonce (grand soleil et air caressant), idéal pour l'exploration (sans le toit) du "Flensburger Förde", (le fjord de Flensburg), un bras de l'"Ostsee" (mer Baltique) qui fait frontière entre Allemagne et Danemark. Partons pour le côté danois, par Burkal et Krusa, en traversant des sous-bois et des champs de maïs, en croisant une vieille ferme de 1927 repeinte de frais ainsi qu'une vraie blonde en vélo (garantie blonde, sans les racines noires !).
 
A Kollund, nous atteignons la mer et la longeons jusqu'à Sønderhav, où nous nous garons sur un parking, avec les Allemands, nombreux apparement à apprécier le Danemark. 

Attirés vers cette mer qui scintille au soleil, nous découvrons un agréable sentier gravillonné, qui permet d'admirer les myriades de voiles blanches ainsi que canards, cygnes et goélands en grand nombre.
Un temps de rêve, ensoleillé et chaud, sans vent : en effet, à l'inverse des côtes de la mer du Nord, celles de la Baltique sont plus tempérées, moins ventées. 

Bientôt, en voiture de nouveau pour poursuivre notre découverte de cette côte tranquille et paradisiaque : une campagne verte doucement vallonnée, un golf en bord de mer, des dizaines de cyclistes du dimanche … A Fynshav, port d'où partent les ferries pour la Fionie, la route finit là … mais nous trouvons une magnifique table ronde, en bois, bien à l'abri derrière des haies, pour un petit pic-nic bucolique.
Remarque en passant : je compte beaucoup plus de campings que d'hôtels, des bateaux à voile plus qu'à moteur, des parkings non goudronnés, pas d'électricité dans les toilettes de la plage, des voitures de taille moyenne … Le Danemark, un pays écolo … par soucis d'économie ? 

Pour le retour, nous choisissons la route d'Aabenraa, toujours caressés par cet air si doux, à travers champs bruns, jaunes et verts avec parfois des échappées mer. L'entrée d'Aabenraa est gâchée par une cheminée d'usine imposante … Mais cette usine grise et rouge hyper-moderne et clean se révèle travailler pour l'agro-alimentaire : pas de quoi craindre les vapeurs de pollution !
 
Ayant décidé qu'il n'y a ici rien à voir - si ce n'est une large avenue, une piste cyclable, un port de plaisance … et encore une usine - nous faisons demi-tour pour retrouver une route champêtre qui sent la vache !
De passage par Tønder, nous réussissons enfin à entrer dans la ville, les travaux étant finis. Une bonne idée, car cette superbe petite ville nous ravit, si tranquille, avec sa rue piétonne bordée de jolies maisons et nombreuses boutiques - fermées certes car il est 17h, l'heure de la fermeture ici … Nous reviendrons !

Il est plus de 18h quand nous retraversons la frontière, accueillis par un panneau annonçant - non, pas un slogan politique cette fois mais touristique ; "Schleswig Holstein, Land der Horizonte" (pays de l'horizon). Et c'est vrai que c'est un des charmes de ce coin : les vastes horizons…

Lundi 9 septembre

Le soleil étant de nouveau là, nous nous levons aux aurores (8h !) pour une matinée rollers, motivés par cette merveilleuse piste de velours, déserte, qui traverse des champs tranquille, entre vaches et moutons, avec cet air si pur et tonique, sous cette lumière blanche déjà nordique et ce ciel bleu pâle … Nous nous sentons comme drogués, "accros" !
 
Trois heures plus tard, et au moins 20 kilomètres plus loin, nous pourrions être parfaitement heureux … Sauf que j'ai été arrêtée dans mon élan par une auto qui, fonçant vers un carrefour, n'a pas daigné laisser la priorité à la piste cyclable, comme il est obligatoire ici. Résultat, j'ai préféré tomber que lui rentrer dedans … et c'est mon coude et ma cuisse qui ont trinqués  (énorme bleu en perspective) … Alors que le "salaud" s'enfuit au plus vite sans se retourner … J'en reste tremblante, de douleur, de peur et surtout de rage : inimaginable, dans ce pays tellement discipliné et respectueux des lois. C'est bien ma veine, je suis tombée sur LE "Hors la Loi" de la région, voire du pays !

Nous le recroiserons plus tard, dans le bled, cet idiot, (un jeune à cheveux longs sortant d'une ferme) mais il m'aura entendu le traiter de "Schweinhund !", même s'il baisse la tête : assassin, nazi !!! A part ça, ce fut une fantastique épopée en rollers …
Après une bonne douche, et un déjeuner en goûtant aux délicieuses tomates du jardin apportées dans la matinée par Kjestine, nous décidons de finir l'après-midi à Flensburg, jolie ville portuaire sur la Baltique dont nous avons gardé un bon souvenir.
Et c'est reparti, saluant au passage nos voisins d'à côté, un couple retraité en train de ratisser une pelouse déjà parfaite - dans la Frise du Nord, on dit "Moin" pour dire bonjour.
 
Evitant la nationale, nous lui préférons une petite route peu fréquentée, rectiligne et roulante cependant : encore un automobiliste reculant de quelques centimètres à un carrefour, par sécurité (j'adore !). Quel climat fantastique, avec ce vent doux et tiède si agréable. 
40km plus loin, nous entrons dans Flensburg par le nord, avec sa zone industrielle pas très engageante puis nous traversons toute la ville par la voie rapide, jusqu'au parking du port qui est resté dans mon souvenir comme très pratique : ce qu'il est toujours, de même que pavé, avec vue sur le bras de mer et une fière église de brique

En plus, ce parking est gratuit après 16h, comme nous le fait remarquer un jeune sympathique, alors que nous cherchions notre monnaie… Nous resterons deux heures à sillonner la très longue rue piétonne pavée, qui traverse Flensburg de part en part : à admirer ses façades à pignon dont certaines très anciennes (1774), et à faire du lèche-vitrine (sans entrer, les magasins fermant à 18h). Comme en-cas, nous goûterons un "bretzel fourré au jambon-fromage" très exotique, et ma foi pas mauvais.
Le retour se fait par la nationale 199, plein ouest, face au soleil couchant, une boule de feu jaune puis rouge dans un ciel sans nuage. Encore une magnifique journée.

Mardi 10 septembre

Ce matin, j'observe par la petite fenêtre de notre petite cuisine, nos hôtes s'activer dans le jardin : c'est vrai que pour avoir des massifs de fleurs aussi flamboyants, il faut s'en occuper. Discrets, ils ne jettent pas un oeil sur nous à l'intérieur …
Après la corvée de courses chez SKY Discount (une corvée bon marché : 27 euros), nous mettons le cap au nord, vers le Danemark qui, décidément, nous plait bien. Avec l'idée de "monter" jusqu'à Esbjerg, un port sur la Mer du Nord, et de revoir Ribe, la plus ancienne ville du pays, si pittoresque.
Faisons au plus court, par la nationale, tandis que je me fais la réflexion que le Danemark est un pays très nature, très écolo, en même temps que protégé, à l'abri du vaste monde, et souhaitant le rester : et on le comprend !
Si Esbjerg est un gros port (Havn) de pêche industrielle, et d'embarquement pour l'Angleterre, pas très touristique, il possède une plage, au nord qui vaut le voyage : ma carte, cette fois, avait raison !
 
Nous arrivons à Hjerting, un quartier résidentiel avec vue sur la mer, jolies maisons basses de styles très variées, à la fois modernes (grandes baies vitrées) et traditionnelles (balcons ou loggias en bois). 
Garés au bord de la mer, nous restons idiots de trouver une vaste plage de sable magnifique mais totalement déserte … 
Pourquoi une plage aussi merveilleuse, avec une eau tiède, est-elle déserte ? Méconnue, sans doute.
Certes, nous ne nous en plaindrons pas. Plus loin, une autre plage immense, longée d'une piste cyclable et fréquentée seulement par les mouettes et autres goélands. Nous choisissons bientôt un banc pour un petit pic-nic avec vue imprenable sur la mer, avant une nouvelle ballade sur le sable. Deux baigneuses en maillot de bain, dont l'une se baigne : ce sera la seule rencontre que nous ferons … Excepté quelques cyclistes sur la magnifique piste, tous blonds comme les blés, bronzés, respirant la santé
Du haut de la digue herbeuse, nous regardons passer un ferry appartenant aux "Grimaldi Lines", de Palerme. Etrange région où la plage déserte fait contraste avec le port industriel qu'on aperçoit au loin.
Encore plus étrange, les 4 gigantesques statues de pierre blanche qui regardent vers la mer : il s'agit de commémorer un jubilee en 1995.
Comme seuls touristes, un Suisse de Berne et une famille de Polonais. 
Nous retraversons Esbjerg, vraiment sans intérêt (HLM de brique triste) avant de prendre la direction de Ribe.

Sur la nationale, nous apprécions les nombreux parkings "écolos", avec tables en bois protégées de haies et WC portatifs bien clean (sans eaux mais nettoyés tous les jours et aérés par une porte coulissante qui reste ouverte).
 
Voici enfin Ribe : en 1994, nous l'avions visité à toute allure, sous la pluie par un froid mordant. 
Aujourd'hui, le temps est parfait pour revoir cette petite ville historique, beaucoup de maisons datant du 17ème siècle. 
Encore plus belle que dans notre souvenir car beaucoup plus restaurée, de nombreuses façades ayant été repeintes dans ce jaune danois si beau (un jaune moutarde clair).
Quelques touristes aux terrasses des cafés, mais pas de foule. 

Traversée par une rivière sur laquelle chacun possède son bateau, Ribe est une oasis de tranquilité en même temps qu'un bijou esthétique et harmonieux, entre brique ancienne et façade colorées. 
Ribe, ses rues pavées, ses portes décorées dans des tons typiquement danois.
Ribe méritait bien une deuxième visite, surtout par un temps si doux et agréable. 

En même temps que le soleil descend sur l'horizon, nous prenons le chemin du retour vers l'Allemagne : nous sommes "à la maison" peu avant 20h. Pour dîner, des Bratwürste bien croquantes accompagnées des délicieuses tomates de Kjestine.
A la télé sur CNN, on parle de "l'anniversaire" du 11 septembre, les Américains sont en alerte sur tous les fronts. Abominable commémoration.

Mercredi 11 septembre

Enfin prêts à 11h, un doux soleil de nouveau au rendez-vous, nous recevons la visite de Kjestine qui nous invite pour prendre le café vendredi à 15h (ce que je comprends enfin après lui avoir fait répéter trois fois : elle parle trop vite).
Une heure plus tard, les cartes postales enfin envoyées - les timbres ici s'achetant à un guichet de la Deutsche Post situé … à l'entrée du SPAR -  nous décidons de retourner à Flensburg, sans le toit, par un temps idéalement beau. Juste quelques morceaux de "coton" dans le ciel, jouant avec le soleil.
 
- "L'Allemagne a besoin d'un meilleur gouvernement" ose la CDU (slogan audacieux !) sur une affichette attachée à un lampadaire.
Une heure plus tard, garés de nouveau sur "notre" parking du port, nous partons pour deux heures d'emplettes dans la rue piétonne (j'achète en particulier un atlas routier récent de l'Europe !), non sans avoir pris sur le vif quelques beaux cygnes voguant sur l'eau (photo : Michel San Remo)

Ensuite, direction le Danemark, pour explorer la côte Baltique plus au nord. Grâce à mon nouvel atlas détaillé, nous suivons de toutes petites routes sans nous perdre.

Voici de nouveau Aabenraa, où nous cherchons une table pour pique-niquer. Comme la seule table, située sur la plage voisine, est occupée, on se contentera d'un banc face à la mer, où nous avalons nos Brötchen, fouettés par le vent du large. Dès qu'elle se libère, nous prenons possession de la table pour manger le dessert (un yaourt aux fruits … mais allemand, c'est à dire léger et raffiné), les pieds dans le sable, Instant délicieux, chauffés par le soleil et bien à l'abri du vent, où l'on regarde avec admiration plusieurs courageux baigneurs s'ébrouer dans la Baltique. C'est vrai qu'elle est tiède, quand on y trempe les pieds mais de là à se jeter à l'eau !
Notons que cette jolie plage fait face à l'énorme usine d'Aabenraa mais, comme dit précédement, c'est une usine propre, sans odeur.
Avant de repartir, je croise sur le parking une famille de Danois (?) aux yeux bridés : ils me dévisagent avec curiosité et c'est réciproque … Le temps que je comprenne qu'il viennent sans doute du Groenland (et non des grandes plaines d'Amérique !)
 
Poursuivons vers le nord, au hasard, par Stollig et Barsmark, à travers champs labourés, prés verdoyants avec parfois une échappée sur la mer bien bleue : quel beau pays tranquille !
Nous arrivons bientôt à Gennerstrand, une merveilleuse petite baie, avec ses petites maisons coquettes, ses petits bateaux amarrés devant, ses retraités heureux. 
Un coin idéal pour la retraite ? En tous cas, plusieurs Allemands ont l'air de le penser, si l'on en juge par les autos garées devant les petites maisons en bois peintes de couleurs pastel. 

Mais il faut rentrer, ce que nous ferons par le chemin des écoliers, coupant cette fois par l'intérieur des terres, respirant cet air pur parfumé à l'herbe. Encore une belle journée.
A la télé, nous assistons sur CNN aux commémorations du 11 septembre partout dans le monde : de quoi verser encore une larme sur le sort de ces pauvres innocents qui ont payé pour la folie humaine (ou plutôt inhumaine).

Jeudi 12 septembre

Le temps étant toujours radieux ("kein Regen", pas de pluie, a dit la météo), nous décidons de rouler encore un peu, côté allemand cette fois, jusqu'à la péninsule de Sankt Peter Ording, sur la mer du Nord.
Après avoir fait le plein chez l'homme à la salopette, nous cherchons un distributeur de monnaie qui ne prenne pas de commission : car nous venons de constater que plusieurs banques font payer une "com" (entre 1 et 2%) - bien sûr, ceci n'étant expliqué qu'en allemand, j'ai recours à mon dictionnaire de poche. C'est à Niebüll que nous dégottons enfin une "VR Bank" à notre goût. Puis, c'est reparti, sous un soleil amical, par la nationale 5 : je ne me lasse pas d'admirer le revêtement parfait, le tracé parfait, le marquage parfait, la piste cyclable parfaite et la nature parfaitement entretenue (!)
Arrivés à Sankt peter Ording, déception : il n'y a là que d'immenses parkings entourées de haies (pour le vent), la mer étant (sans doute) loin, très loin, tout au bout de chemins qui cheminent à perte de vue !
Pas le temps … Trop loin, tant pis : nous repartons, quittant sans regret cet endroit sans caractère - les plages sont peut-être belles mais pas assez accessibles et l'immense zone de résidences secondaires ne présente à nos yeux aucun intérêt.
 
Faisons plutôt un crochet par Friedrichstadt, "la petite Amsterdam" que nous connaissons un peu. 
Après un pic-nic bucolique sur une belle table en pierre des bords de la route, et aussitôt franchi un pont métallique sur la rivière Eider (qui signifie canard), nous arrivons à Friedrichstadt par un soleil radieux. 
Les façades à pignon de la place sont encore plus belles et colorées que dans mon souvenir (il faisait gris !)
Cette petite ville de style hollandais, traversée de multiples canaux est une curiosité touristique … avec ses inévitables boutiques à souvenirs débordant sur la chaussée. 

Mais il suffit de quitter la rue principale pour découvrir une charmante ville tranquille.
Des parcs avec des allées ombragées qui serpentent. 
Et le charme de l'eau omniprésente, des ponts métalliques et des bateaux … 
Trois compagnies de bateaux font faire le tour des canaux aux touristes : nous nous en abstiendrons …
 

Reprenons les toutes petites route pour rentrer, par Ostenfeld et ses forêts d'éoliennes, Joldelund et ses tracteurs : c'est la vrai campagne qui sent la vache. A Bredstedt, nous faisons une rapide visite de cette ville pittoresque, pavée, avec ses jolies maisons basses à pignon dont l'une, repeinte en jaune vif, date du 18ème siècle. Avant de rentrer "zur Hause", vivifiés mais pas frigorifiés avec nos vitres remontées.
A la télé, une émission d'ARTE sur David Bowie, dont l'interview est traduite en allemand : un bon exercice !
 
Vendredi 13 septembre

Pour notre dernier jour dans notre "Haüschen" (petite maison), le temps restant au beau fixe, nous partons pour une ultime ballade en rollers (malgré mon appréhension de "tomber" sur un autre dingue en voiture). Nous retrouvons nos habitudes, notre parking sous l'église pour une troisième épopée (au moins 14 kilomètres) de deux heures, par un temps positivement idéal. Disons "au revoir" aux moutons qui nous regardent passer.
Nous allons regretter longtemps ces merveilleuses pistes cyclables allemandes …

A 15 heures sonnantes, (essayons d'être ponctuels comme des Allemands), nous sonnons chez les Johannsen, nous attendant à un petit café avec, surtout, la note du séjour à payer … Que non, les Johannsen sont beaucoup plus "classe" que ça !
Nous sommes vraiment invités, autour d'une jolie table avec nappe brillante, à goûter différents gâteaux danois, accompagnés de café servi dans de la porcelaine fine !
Le "pudding" danois de Kjestine se révèlera délicieux et aérien (rien à voir avec sa version anglaise), de même que la conversation des Johannsen : la grande classe …
C'est là que nous apprendrons un peu leur vie : mariés depuis 40 ans, trois grands enfants, Hans à la retraite à cause de problèmes de santé (diabète), après avoir travaillé en tant que civil pour l'armée.
Il connait Nice pour y être passé … en 1956, quand il avait 20 ans ! Kjestine ayant élevé ses enfants sans travailler (c'était mieux pour eux, pense-t-elle) : toujours est-il qu'elle a l'air bien dans sa peau et heureuse de sa condition. Un couple qui fait plaisir à voir … Et si naturellement hospitalier. Apparement, nous ne sommes pas les seuls à les apprécier, certains de leurs hôtes étant revenus … plus de dix fois pour louer cette merveilleuse petite maison !
 
Une heure plus tard, ayant malgré tout payé notre dû (330 euros pour 11 jours), nous partons pour une dernière visite de Tønder, sur les conseils de Kjestine, qui nous a recommandé la cave de "l'Apotheke", un sous-sol d'une boutique entièrement consacré à "Weihnachten" (Noël), cette fête si aimée dans ces pays du Nord. Même si nous trouverons ces "gadgets" un peu kitsch, l'expérience fut amusante, tandis que Tønder nous séduit définitivement. Avec l'envie confuse de revenir, pourquoi pas pour acheter un jour une maison ici ?
Bientôt, il nous faut rentrer pour faire un peu de ménage : pas question de laisser la maison sale…

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