CARNET DE ROUTE/Allemagne, septembre 2002
 
Retour en Allemagne (3)

Sur le chemin du retour, faisons un crochet par l'ex-DDR, pour revoir Schwerin et Potsdam, deux villes anciennes qui ont préservé (et sont en train de restaurer) leur magnifique patrimoine.
 

Samedi 14 septembre

A 10h, comme promis, nous rendons les clés aux Johannsen en les remerciant encore chaleureusement de leur accueil. Puis c'est le départ, salués par les Johannsen sur le pas de leur porte, comme des amis … Au revoir, chers "amis", nous reviendrons !
Un rayon de soleil pour notre départ de Süderlügum, c'est moins triste, bien que le temps se mette peu à peu à tourner.
Direction Flensburg, puis Hamburg, par l'autoroute A7 jusqu'à Neumünster. Ensuite, nous quittons l'A7 pour un crochet par Schwerin. La route est bonne, parfaite, allemande mais le temps se couvre.
- "Un chancelier moderne pour une Allemagne moderne", signé Schröder (pas trop idiot, pour une fois !)
Bad Segerberg, Lübeck, où le paysage est encore joli mais avec moins de caractère, plus banal. Au niveau de l'ex-frontière, un pont est en construction, mais la vieille route est encore là, avec ses méandres, ses vieux lampadaires, ses glissières rouillées … et ses bouchons. Rien n'a encore changé ici, le coin est aussi triste, à l'abandon, un no man's land… A quand des travaux de grande ampleur ?
Une demie-heure perdue dans des méandres et détours sans raison apparente, si ce n'est une ancienne frontière qui a disparu.
Enfin, la route 104, qui traverse le Mecklemburg, où la nature reprend ses droits, herbes blanches et sapins gris. Le revêtement a été refait mais par endroits seulement, sans doute à cause du trafic intense. Peu à peu, le ciel se dégage tandis que la circulation s'allège enfin. Bosquets d'arbres et immenses plaines cultivées ondulantes, une maison à l'abandon pour une repeinte de frais.
Rhena, c'est une rue bordée de grands arbres et un beau patrimoine de vieilles briques à colombages, les maisons de la place pavée repeintes de couleurs pimpantes. Les trottoirs aussi sont neufs, en pavés auto-bloquant typiquement germaniques. Neufs encore, la concession Opel et le Penny Markt. L'Est de l'Allemagne, comme hésitant entre deux mondes.

Voila Schwerin, la capitale du Land de Mecklembourg- Poméranie, que nous avions visitée il y a une dizaine d'années, à peine sortie du Communisme. Quoi de neuf ?
L'entrée de la ville n'a pas changé, toujours "DDR", pavage en mauvais état et immeubles en formes de barres sinistres … Sauf que quelques uns sont repeints de frais (orange ou jaune vif). Pour atteindre le "Zentrum", de gigantesques avenues sans fin à deux fois deux voies, comme surdimensionnées. Enfin le parking (payant) presque complet : beaucoup de touristes apparemment … mais surtout des Allemands. Personne ne sait (encore ?) que l'Allemagne recèle des merveilles.
Et pourtant Schwerin (100 000 habitants aujourd'hui), a une longue histoire : ancienne cité épiscopale et résidence des Grands-Ducs de Mecklembourg-Schwerin, elle fut la capitale du Duché de Mecklembourg dès le 14ème siècle, avant de devenir celle du Land en 1945.
L'actuel Land de "Mecklenburg-Vorpommern" (Mecklembourg Poméranie), un des plus pauvres de l'ex-DDR,  et à vocation surtout maritime (1 700 km de côtes), compte deux ports, Stralsund et Wismar, qui viennent d'être classés au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO,
 

Nous partons à pied vers le "Schweriner Schloss" (château de Schwerin) qui dresse sa coupole dorée par dessus les toits.
Edifié sur une île, au bord du "Schweriner See" (lac de Schwerin, le 3e lac allemand par la taille), d'après le modèle de Chambord, il a été achevé en 1857. 

 

De style néo-Renaissance, avec quelques emprunts au baroque et au gothique, il est considéré comme l'un des plus importants édifices civils du 19ème siècle allemand.
Nous éviterons de visiter l'intérieur car parait-il que “la décoration intérieure, hormis de très beaux parquets, est chargée, mais on peut y admirer les lambris et le travail à partir du papier mâché, dont la région était une spécialiste au siècle dernier."
Par contre,  même si nous n'en avons pas eu le temps, on peut recommander de s'asseoir au "Schlosscafé" (Café  du château) ou au "Café der Orangerie" (Café de l'Orangerie), merveilleusement restauré en 2001.
Ce gigantesque château, qui abrite aussi le Bundesrat (parlement régional) du Mecklenburg-Vorpommern depuis 1990, est toujours en cours de restauration … Une oeuvre de Titan si l'on en juge par exemple par le nombre de tours à rénover : 365 !
Ancien duché, Schwerin possède plusieurs grands batiments néo-classiques imposants et très beaux.
La grande place devant le château,  ("Alter Garten"  ou Vieux Jardin), accueille le "Mecklenburgische Staatstheater" (Théâtre National du Mecklembourg) et le "Staatliche Museum" (Musée National, à droite).
A noter que, dans cette région, l'art théâtral repose sur une longue tradition : le premier conservatoire allemand a été créé à Schwerin en 1753.

Mais il est temps de repartir, pour retrouver l'Autobahn A24 vers Berlin.
Les conducteurs de l'Est me semblent plus impatients au volant, comme tout excités d'avoir enfin entre les mains un joujou puissant. Il faut dire que ça les change sans doute de la Trabi !
Après un rapide arrêt pique-nique sur un "Rasthof" (aire de repos) … mais dans la voiture pour cause de vent violent et froid, nous retrouvons bientôt le Brandenburg, sous un ciel qui se dégage (grâce au vent !).
Décidément, les paysages du Brandebourg me plaisent, je ne saurais dire pourquoi : vastes étendues cultivées, peupliers bruissants, arbres (saules ?) au feuillage argenté, herbes blanches et bosquets de conifères vert sombre entrecoupés de champs de maïs, ciel bleu pâle orné de quelques flocons de ouate, un horizon large sans démesure … Au fond, un paysage typiquement allemand, sans grande originalité … Juste une tranquille harmonie apaisante.
 
Bref arrêt sur l'aire de Prignitz, flambant neuve, où nous buvons un très peu typique capuccino Segafredo. A l'approche de Berlin, les conducteurs sont plus nerveux et pressés et l'air parait crasseux … ou brumeux : il a plu, semble-t-il, mais nous amenons le beau temps. En sortant vers Treuenbrietzen, où nous devons retourner pour deux nuits chez notre ami Christian Rüger, nous remarquons un "Autohof" où une affiche lumineuse clame : "Wilkommen in America". 
En effet, c'est un "diner" totalement américain, Sam Kullman's, où nous nous promettons de revenir manger ce soir.

Enfin, le Landhaus Rüger, peu avant 20h, après une étape de 540 kilomètres. Notre nouvelle chambre est au nord, la meilleure étant occupée. Pas le temps de se plaindre, repartons aussitôt vers le Sam Kullmans restaurant, après avoir mis des vêtements chauds : c'est un climat continental, dans cette région de Potsdam, beaucoup plus frais. Le repas sera "américain" mais avec des produits de qualité germanique (donc très bon).

Dimanche 15 septembre

Un radieux soleil mais le temps est extrêmement frais ce matin. En route pour Potsdam, avec les informations données par Christian qui s'est bien dégelé à notre égard : en entrant par le sud dans Potsdam, une immense forêt, quelques baraques décrépites, de très larges avenues, deux ou trois tours de HLM. Enfin, un parking, payant (2 euros) mais encore presque vide à cette heure (11h).
 
Le Parc de Sans Souci est tout près, dont nous comprendrons vite les dimensions gigantesques. Un merveilleux patrimoine, encore une fois, et visité surtout, semble-t-il, par des Allemands. Qui me croira quand je dirais que ce parc et château de Sans Souci est classé par l'UNESCO "patrimoine de l'humanité" ?

En réalité, plusieurs châteaux, palais, jardins, orangerie et autres pavillons chinois composent un ensemble unique … et gigantesque. Trois heures de marche nous seront nécessaires et nous n'avons pas tout vu !

Un peu d'histoire est nécessaire pour comprendre ces dimensions …

Potsdam connut un Age d’Or au 18ème siècle, quand Frédéric II dit “le Grand”, ami de Voltaire, charge son architecte Knobelsdorff de procéder à des travaux de rénovation permettant à Potsdam de remplir pleinement sa fonction de représentation du pouvoir royal. On leur doit la construction d'édifices majeurs comme le château de Sans Souci et le Nouveau Palais (à droite).
Et "la triste Sparte se métamorphosa en une Athènes resplendissante" selon les termes de Voltaire.


Ami des Arts et des Lettres, Frédéric II s'entoure d'une cour, choisie exclusivement d'hommes de culture s'exprimant en français. 
Les commandes du roi et de la noblesse attirent les architectes, peintres, sculpteurs et musiciens de toute l'Europe, marquant ainsi l'épanouissement culturel de Potsdam.
C'est à Potsdam, en 1805 qu'est scellée la Sainte Alliance entre la Russie, l'Autriche et la Prusse.
Occupée pendant deux ans par Napoléon, victorieux à Auerstedt et Iena, la ville devient ensuite un dépôt de la cavalerie de l'empereur, qui transforme les églises en écuries. 

 
Plus tard au cours du 19ème siècle, Potsdam est le centre administratif du royaume prussien, avant que l'empereur Guillaume II ne s'y installe, dans le Nouveau Palais, afin de satisfaire son goût de la représentation : la vie luxueuse de la Cour dérange cependant les habitants, qui élisent en 1912 Karl Liebknecht au Reichstag.

Le 21 mars 1933, Goebbels choisit la ville de Potsdam, symbole du militarisme prussien et de la grandeur passée, pour y organiser une cérémonie destinée à marquer l'unité entre la tradition prussienne et la "révolution nationale". Deux jours après la "comédie de Potsdam", le Reichstag vote les pleins pouvoirs à Hitler.

En  avril 1945, Potsdam connait un terrible bombardement britannique qui anéantit la majeure partie de son centre historique. C’est au château de Cecilienhof que les alliés victorieux du Reich tiennent une conférence, qui donne jour aux accords de Potsdam.

Le château de Sans Souci ne fut à l'origine qu'un lieu de villégiature où le Prince de Prusse faisait pousser vignes et prunes (à droite) et le pavillon chinois, une merveille baroque (ci-dessous.

Sous le régime de la RDA, les dirigeants communistes s'acharnent à faire disparaître les vestiges de l'ancienne Prusse : le château de la ville et la Garnisonkirche sont  dynamités.
Ce n'est qu'à partir de 1975, que la municipalité entreprend de restaurer l'héritage culturel prussien. 
Effort qui sera poursuivi et accéléré au lendemain de la réunification allemande.

Potsdam est à présent la capitale du Brandebourg. 
La redécouverte de son illustre patrimoine lui vaut la visite annuelle de 4 millions de visiteurs.

Pour en savoir plus : berlin-en-ligne.com/potsdam_histoire.php et berlin-en-ligne.com/potsdam_sanssouci.php

Aujourd'hui le temps, passant en un éclair du très chaud au très froid, dès qu'une ombre se profile sur le soleil, nous épuise, peu habitués que nous sommes des climats continentaux. Un petit arrêt à l'"Imbiss" (snack) de l'entrée du Parc est bienvenu : nous commandons une "Bock Wurst mit Brötchen" (1,40 euros) et une "Käse Sahne Torte" (2,1 euros), très corrects avant de reprendre la voiture, refusant de faire un mètre de plus à pied. Et pourtant nous sommes plutôt sportifs : d'où notre étonnement de voir marcher avec autant d'entrain les Allemands de tous âges, sans fatigue apparente. Un peuple de marcheurs !
Notre idée est de visiter la ville de Potsdam elle-même, qui s'avère très étendue et en partie en cours de réfection. Mais nous voila bientôt obligés de repartir, à pied, sur d'immenses avenues quasiment désertes. Pour constater la richesse du patrimoine, pourtant en partie détruit, comme le "château", dont il ne reste qu'un trou entouré de barricades et des panonceaux annonçant la future reconstruction d'une "porte monumentale". Nous aurons ensuite un rapide aperçu du Quartier Hollandais, au bord d'un canal en partie rénové mais la tâche semble herculéenne. Nombre de bâtiments sont gigantesques, d'un sobre classicisme mais souvent dans un état pitoyable, comme à peine sortis d'un bombardement.
Cependant, en matière de restauration, faisons confiance aux Allemands : ils savent faire à la perfection.
Sur le coup de 16h30, je refuse d'avancer, d'autant plus que le mal de crâne me guette : continuons notre balade … en voiture !
Si on essayait un bord de lac tranquille ? En prenant une petite route au hasard, nous arrivons à Caputh, au bord du lac de
Tremplin : la petite ville n'est pas laide mais le lac … est invisible. Et pas question d'aller le chercher à pied !
Tant pis, rentrons à notre chambre. Après un petit somme, nous irons diner de nouveau chez Sam Kullman's (un poulet-frites avec sauce barbecue à 6,8 euros), pour retrouver avec joie ce petit coin d'Amérique en Allemagne (pour les amateurs, lire mes carnets de voyage aux USA). Il fait un froid glacial pour la mi-septembre.

Lundi 16 septembre

Après un Frühstück complet, nous disons "au revoir, nous reviendrons" à Christian Rüger ("wir kommen wieder, ein anderes mal" !), qui, désormais en confiance, nous informe que, de chez lui, on est à une heure de Berlin par le train, pour seulement 12 euros aller-retour par personne, train et métro inclus. Un bon plan pour visiter Berlin à peu de frais, la chambre étant ici à 44 euros avec salle de bain et déjeuner. Une bonne adresse : http://www.landhaus-rueger.de
Et nous voila partis, peu après 10h, par un temps couvert un peu moins froid. Cap au sud, à travers les forêts sombres de ce noble paysage du Brandenburg. Bientôt sur l'Autobahn A9, nous prenons un rythme de croisière (140km/h) pour ménager notre pot d'échappement. A Leipzig, un aéroport international flambant neuf, et plusieurs usines fumantes au loin. Après la Saxe-Anhalt, voici l'état libre de Thuringe, "le pays du bois" (sapins, bouleaux et autres). Une belle nature verdoyante, domestiquée par l'homme. Et enfin, la riche Bavière, encore plus verte, encore plus domestiquée, entretenue, fleurie. Pour déjeuner, nous choisissons un "Autohof" rutilant, avec une station essence Aral et un Burger King : idéal pour manger rapide. Sur le parking, je compte 5 conteneurs à déchets différents : pour le verre blanc, pour le verre brun, le verre vert, le métal et un dernier pour le reste … Vous avez dit écolos ?
L'air s'adoucit à l'approche de München (Munich). Tiens , un camion qui roule entre deux files : italien ? Oui, italien, bien sûr !
Un transport de voitures (BMW), toutes emballées dans des housses de protection : fétichisme de la voiture parfaite !
Bientôt, nous contournons München par l'autoroute, direction Innsbrück, admirant cette merveilleuse Bavière, ces charmants villages à toits pointus serrées autour de leur clocher à bulbe, son herbe grasse presque "fluo" à force d'être verte et ses arbres gigantesques qu'on imagine bien arosés.
A la frontière avec l'Autriche, nous sommes pris de court par un panneau annonçant "Vignette Verkauf" (achat de vignette obligatoire) sans comprendre où il faut l'acheter. A la prochaine aire de repos, nous retrouvons les panneaux indiquant : 7,6 euros les dix jours et pas d'autre possibilité, alors qu'on ne fait que passer, c'est abuser quelque peu les pauvres touristes !
Le soleil brille désormais mais on n'aime pas la vitesse ici : "pas de ceinture et vous êtes TOD (mort)", "trop vite = mort" …  Percutants, comme slogans. Sauf que de l'autre côté, les fusées allemandes dépassent, en toute légalité, les 240km/h !
Une grande différence de mentalité, les Allemands étant, je l'ai constaté de nombreuses fois, des "fonceurs" dans tous les sens du terme.
Attaquons la montée du Col du Brenner où, surprise, il faut encore payer 8 euros … Tous ces péages, on dirait la France !!!
 
Nous décidons de sortir à Obernberg, direction notre Gasthof Egg, où nous n'avons cette fois pas réservé. Mais avec un peu de chance … Et de la chance, nous en aurons, accueillis avec un grand sourire par le jeune serveur si sympathique et la même chaleur par Frau Egg. Au diner, un délicieux toast maison (jambon-lard-fromage) servi sur assiette de bois et une "gemischtes eis" (glace à trois parfums : on ne se refuse rien pour notre dernier jour).
Après diner, nous faisons un tour jusqu'au village d'Obernberg (trois maisons, un "multiple" et une église), vêtus comme à Nice en plein hiver ! Car cet air de montagne est fabuleux mais glacé. 
L'église, si belle avec ses peintures en trompe-l'oeil, est entourée d'une enceinte, le long de laquelle se pressent des tombes, comme pour se réchauffer à la chaleur divine. On ne peut pénétrer dans l'église sans penser à la mort, ou du moins aux morts qui sont encore un peu parmi les vivants : c'est la réflexion que nous nous faisons, d'autant plus que des lanternes contenant des bougies sont accrochées partout. 
Emouvant et beau, ce lieu si serein, blotti dans un cirque de hautes montagnes. 

Photo DR

Mardi 17 septembre

Jusqu'à 10h, tout est normal ce matin : un formidable petit déjeuner, les salutations souriantes de la famille Egg et même le prix (40 euros !). Mais ensuite, stress : du liquide de refroidissement semble s'échapper de la voiture. Pas de doute, il y a un problème … Nous décidons de descendre doucement jusqu'à la station service BP repérée à l'entrée de l'autoroute. Après avoir pris de l'essence, nous demandons au pompiste de regarder le moteur, en priant pour qu'il s'y connaisse un minimum en mécanique : pas idiot, il prend un arrosoir pour mettre de l'eau dans le radiateur … eau qui, aussitôt s'échappe sur le sol. Oui, un problème de radiateur !
- "Vielleicht ein Stein" (peut-être à cause d'une pierre) me dit-il judicieusement. Certes, d'autant qu'effectivement, nous avons, le veille sur l'autoroute, entendu le bruit d'une pierre touchant la carosserie.
Charmant, le jeune pompiste téléphone pour nous à un dépanneur et au garage Mercedes le plus proche, nous laissant téléphoner gratuitement à notre assureur et refusant catégoriquement le moindre pourboire. Merci à lui !
Quelques longues minutes plus tard, nous nous retrouvons dans la voiture … mais perchés sur la dépanneuse, à admirer d'en haut le paysage, mi-amusés, mi-inquiets, jusqu'au garage Auer de Matrei am Brenner, 8 kilomètres plus loin.
Là, nous sommes face à un "fonctionnaire" un peu rustique, en gros pull de laine, qui prend son temps pour nous enregistrer : il faut dire que la carte grise est en français et ne comporte pas la cylindrée du moteur. Pour nous faire comprendre les termes techniques, il mélange l'anglais et l'allemand et finalement, ça marche : on comprend qu'il nous faut revenir à 15 heures, le temps d'aller chercher un nouveau radiateur à Innsbrück. Il est 11 heures, nous avons largement le temps de visiter Matrei, qui s'avère comporter des merveilles de peintures murales en trompe-l'oeil sur plusieurs façades. Nous essayons de nous distraire de notre inquiétude en admirant ce joli village autrichien et son paysage de montagne si apaisant. Par chance, il fait un temps magnifique avec un air enivrant. Après un petit casse-croute à l'Imbiss du coin, nous finissons par revenir chez Auer : mauvais présage, le capot est encore levé. Et en effet, on nous apprend que le bouchon du réservoir ne va plus … Revenir à 17 heures !
Assis sur un banc, au bord d'un immense pré verdoyant, nous pourrions être plus à plaindre, certes … Encore un peu de patience et retour chez Auer : désolé, le bouchon ne va toujours pas, revenir demain à 10 heures !
M. commence à s'énerver de cette incompétence à acheter un radiateur avec le bon bouchon, tous les mêmes ces garagistes mais … pas le choix, partons à pied pour l'hôtel le plus proche, dont on voit l'enseigne d'ici, avec le minimum de bagages.
C'est l'hôtel Katzbach, où l'accueil est d'une froideur glaciale et le prix élevé (56 euros) mais pas le droit de faire les difficiles.
Pour la peine, je prendrais deux douches, même si la salle de bain est minuscule : nous regrettons fort notre Gasthof Egg !
Pour dîner, nous retournons à l'Imbiss du coin, une sorte de grande cabane en bois intime où nous mangeons très bien (des côtelettes), servis par une jeune femme blonde souriante. Enfumée, la cabane comporte petites tables et petites chaises de bois, petits rideaux aux fenêtres comme une maison de Blanche Neige ; une ambiance chaleureuse qui nous réconforte un peu de nos déboires.
Cécile a raison, c'est bien l'Autriche !

Mercredi 18 septembre

A 10 heures sonnantes, chez Auer : on nous fait encore attendre dix minutes (le temps d'essayer la voiture : un bon point pour eux !), et de préparer la facture : 319 euros, pas si douloureuse qu'on s'y attendait !
Enfin dans notre chère Targa, à laquelle nous offrons un bon shampoing (50 centimes d'euros le "SB Wasch"), et nous prenons la route du retour, faisant nos adieux à Matrei am Brenner, qu'on aurait aimé visité dans de meilleures conditions.
Ayant franchi la frontière italienne, nous entrons dans le Haut Adige : pas de différences notables pour l'instant, on dirait l'Autriche. Normal, puisque le Haut Adige n'a été rattaché à l'Italie qu'après la seconde guerre mondiale. Ce n'est que peu à peu, au fil des kilomètres, que le paysage deviendra un peu moins vert, tandis que la température monte en même temps qu'on descend des montagnes du Tyrol. Bientôt apparaissent quelques vignes, puis des arbres fruitiers, le nombre de chalets fleuris diminue, les conducteurs sont de moins en moins calmes … Et voila un Italien "entre deux files" : ce sera notre premier agacement après deux semaines de sérénité sur les routes.
Notons quand même que l'autoroute est parfaitement entretenue par les Italiens, même si elle est visiblement moins large qu'en Allemagne : c'est vrai qu'ils aiment la voiture !
Après Bolzano, voici le Trentin et les Dolomites, hautes falaises blanches bordant l'autoroute. Quelques murs anti-bruit transparents (vraiment une bonne idée), et le retour des cubes de béton brut, plus ou moins décrépis, couverts de tuile claire et bon marché qui servent de maisons en Italie. La nature est désormais à l'abandon et même l'air me semble crasseux, plombé. Nos chers conducteurs italiens n'ont pas progressé en deux semaines : toujours aussi fantaisistes au volant, entre deux files, ou voguant d'une file à l'autre … Après Brescia, l'heure de déjeuner approchant, cherchons un "Imbiss" : mais bien sûr, pas un joli chalet en bois entouré de pelouses verdoyantes. Non, une aire de repos italienne, un parking sans marquage au sol (pratique, on se gare n'importe où et même en plein milieu comme ce camion italien), pas un banc, une nature sinistre à l'abandon … Par contre, à l'intérieur de l'"Autogrill", c'est moderne et correct : nous y mangerons sur le pouce un "panini" tiède et une glace Cornetto capucino pas si mauvais. Mais quelle drôle d'idée de vouloir manger notre glace dehors : debouts, dans l'air moite et lourd, entre camions et poubelles … Une expérience typique !
Partons vite, direction Torino par Alessandria, une portion d'autoroute peu fréquentée plus agréable que l'axe Milan-Turin.
Ah, ces camions italiens puants, déglingués, déréglés et roulant entre deux files … On s'en passerait !
Par chance, nous arrivons vivants (!) à Fossano, d'où nous prenons la route du Col de Tende, traversant une région qui est, parait-il, riche, même si l'environnement donne plutôt une impression de délabrement. Les Italiens ne s'intéressent pas à la nature, c'est mon sentiment !
Bientôt, un bruit sourd nous réveille, c'est le pot d'échappement qui vient de lâcher : ah non, pas encore une tuile !
Sur le point de craquer, nous trouvons par chance un garage Fiat qui nous rassure : on peut rouler sans la "sortie" du pot d'échappement, même si ça fait du bruit !
C'est donc sans discrétion aucune, en pétaradant, que nous rentrerons à Nice, retrouvant côté français un revêtement de chaussée scandaleux, alors que de leur côté, les Italiens ont fait une route neuve à deux voies avec de nombreux tunnels. Merci aux Italiens, pour une fois … Et sans rancune !
 
 

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