CARNET DE ROUTE, septembre 2003 (2ème partie, suite et fin)
 
 
Partons par monts et par vaux explorer la Carinthie, ses lacs et ses châteaux …
Avec un coup de foudre pour Gmünd, merveilleuse petite ville historique, pimpante et passionnante, où furent fabriquées les premières Porsche 356, comme nous l'apprend le "Musée Porsche". 
Sans oublier de repartir en vélo dire "au revoir" à la rivière Gail, qui aura enchanté notre séjour !

 
 
Vendredi 12 septembre

Sous le soleil retrouvé et seulement quelques petits nuages pommelés, grâce à un vent frais stimulant, nous partons pour la grande ville de Villach, en descendant le cours de la Gail par une belle route peu fréquentée qui traverse de jolis villages : tous possèdent une église, perchée sur une petite hauteur, à l’orée de la forêt qui recouvre les pentes des montagnes.

Après avoir sacrifié à l’achat de la vignette d’autoroute (7,6 euros pour 10 jours : moins bien que les "Autobahnen" allemands, gratuits, comme chacun sait !) … Et nous voila bientôt arrivés dans une ville, sa banlieue commerçante, son habitat mélangé (ici pas trop sinistre) et soudain - flash ! - deux magnifiques clochers à bulbes qui surgissent.
 
C’est par un temps pas trop froid, sous un timide soleil, que nous visiterons Villach, sa longue zone piétonne agréable, ses boutiques (de chaussures ou de déco) et cafés (où nous dégusterons un croissant à la noisette avec un cappucino). 
Après quelques emplettes dans un “Einkaufzentrum” (par exemple des assiettes en bois comme les affectionnent les Autrichiens pour présenter la charcuterie), il est l’heure de rentrer par notre vallée de la Gail, sous un soleil qui se montre vraiment vers le soir, faisant chanter le merveilleux vert de cette belle herbe grasse.
J’adore ce VERT, si apaisant (même si je n’aime pas en porter  !)

 
Rentrés peu avant 19h, nous repartons en vélo, à toute allure pour résister au froid qui descend sur la vallée, en même temps que le soleil se couche : mais nous sommes “accros” à ces parfaites pistes cyclables si bien asphaltées, et surtout à cette nature si authentique, ces merveilleux sapins sombres et sous-bois odorants, cette merveilleuse rivière cristalline … Il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour que l’envie de prenne de venir vivre dans la Gailtal, j’allais dire au paradis ?
Mais il faut bien rentrer, diner (de Wurst !) et, par chance, tomber sur la série policière “Siska” … en allemand, natürlich. Où l’on aura la surprise d’apprendre que Siska a une voix grave extrêmement éraillée par la “clope” et Lorenz, une magnifique voix de basse … des contrastes étonnants avec la VF !

 

Samedi 13 septembre

Ce matin, nous trouvons un mot des Wastl nous annonçant leur passage à 16h30 avec “Kaffee-Kuchen” : c’est gentil de leur part, même s’ils ne nous demandent pas notre avis …

Une belle journée s’annonçant, nous décidons de faire un circuit en voiture jusqu’à Gmünd, où se trouve un musée Porsche qui nous attire. En reprenant la route du Weissensee, que nous allons voir (de loin) cette fois sous le soleil, dans un joli site verdoyant.
Avant de redescendre sur la vallée de la Drau par une route en lacets (non signalés) et une pente de 15%. 


 

Après un morceau d’autoroute, nous sortons à Gmünd, pour une première visite rapide (notre RDV de 16h30, contraignant forcément), de cette petite ville qui nous plaira beaucoup, surmontée par son château imposant, en ruines mais avec de beaux restes qui se visitent. De là-haut, vue superbe sur Gmünd et son clocher à bulbe.

Nous sommes ramenés sur terre bien vite quand, en arrivant à la voiture, nous la retrouvons avec la vitre arrière … entièrement “étoilée” : après avoir cru naïvement, de loin, que c’était du givre, nous comprenons que la vitre s’est brisée en mille morceaux, toute seule, durant notre absence !
 

Quant à la cause, nous en restons perplexes : tout de même pas du vandalisme, dans ce beau pays si tranquille ??? Ou alors un excité xénophobe qui aurait une dent contre les Français ???
Après le réservoir percé de l’année dernière (lire mon carnet de route 2002) décidément, le sort s’acharne contre nous, en Autriche !
Nous décidons de rentrer pour demander l’aide des Wastl : et c’est ce que nous faisons, guettant les bruits suspects en provenance de la vitre arrière, qui se désagrège peu à peu avec un bruit cristallin (verticale, elle est sensée, en temps normal, monter et descendre par une commande électrique).
C’est avec un beau trou dans la vitre que nous arriverons à Reisach, devant nos hôtes qui en resteront bouche bée : mais grâce à eux, nous avons rendez-vous lundi au garage le plus proche, qui pourra nous commander une vitre neuve chez Honda.
Que cela ne nous empêche pas de déguster notre “Kaffee-Kuchen” offert par les Wastl, sous la véranda de notre maison : et c’est dans un sabir anglo-allemand qu’ils nous racontent leurs dernières vacances en France, nous demandant conseil … Bon prétexte pour rire ensemble, de nos prononciations respectives !
Merci à eux de leur aide, et de nous avoir prêté leur garage pour abriter notre pauvre Honda handicapée !

Dimanche 14 septembre

Ce matin, nous déjeunons en écoutant … la messe (en allemand) sur radio Kärnten !
Décidément, une région croyante et attachée à ses traditions …
 
Sans voiture, nous partons donc pour une longue ballade en vélo, par un temps par chance magnifique et une température estivale : merveilleux souvenir que ces 3 heures passées à se ressourcer dans cette nature préservée, loin, si loin des voitures et du stress !
A croiser juste quelques cyclistes du dimanche, qui, TOUS, nous saluent d’un chaleureux “Grüsss Gott” ou, pour les plus pressés, d’un “Gott” tout court.
A respirer un air pur, à admirer surtout cette rivière transparente, opaline, que le soleil fait scintiller si joliment : ach, so schöne Fluss !
Ces centaines de kilomètres de pistes cyclables, qui longent la rivière au milieu de champs cultivés et traversent de petits villages fleuris et charmants, sont assurément un des grands atouts de la Carinthie, région méconnue des Français … mais apparement appréciée des Allemands.

 
 
A 16 heures, nous sommes de retour à la maison, pour un déjeuner rapide, sur le balcon, sous un soleil paradisiaque (30° !).
Je remarque, en arosant les plantes du balcon, que la rembarde de bois sombre ouvragé, comprend une planche supplémentaire à rebord, destinée à accueillir les jardinières …
Voila une idée pratique, et qui expliquerait pourquoi TOUS les balcons d’Autriche (et des pays germaniques en général) sont fleuris !
Pas encore fatigués, nous faisons un tour à pied dans Reisach, charmant village encore agricole, où l’on peut admirer, outre une belle église blanche perchée, vaches et moutons dans les prés … sans oublier ces hangars faits de poutres horizontales, servant aussi de séchoirs à céréales typiques de la Carinthie.
Typiques également, les “Bildstöcke”, sortes de bornes à toit pointu dont les alvéoles sont peintes de scènes religieuses par des peintres du terroir.

Quand le soleil se couche, et que le froid tombe d’un coup, nous rentrons “zu hause”.
Ce soir, j’essaie de lire “Brigitte”, malgré le mauvais éclairage : Je remarque en particulier un article décrivant longuement les différentes étapes de la vie d’un couple, depuis le “Verliebheit” (l’état amoureux) jusqu’au Babyschock” en passant par “hallo, Alltag” !
Conclusion de Brigitte : “die Sehnsucht nach Liebe steckt in uns allen” (le désir d’amour se cache en chacun de nous).
Des vérités simples et évidentes - bien éloignées des sujets à sensation de notre presse féminine, du type “l’orgasme qui dure 60 minutes” ou “maitresse d’un homme marié, pour ou contre ?” !!!

Après diner, nous assistons à la TV allemande à un défilé en costumes de toutes les époques de la moindre petite ville de Forêt Noire : c’est la vieille Allemagne qui défile avec un incroyable luxe de détails (comme ce chapeau fait de boules de verres colorées qui pèse … 2 kilos !). Un brin kitsch mais si “typisch” !
Je remarque au passage, encore une fois, les voix graves des hommes : est-ce que c’est la langue allemande, et ses sonorités, qui oblige à parler dans les tons  graves … Ou alors, sont-ils tous aussi virils qu’ils en donnent l’impression ?

Lundi 15 septembre
 
Lever à l’aube ce matin, à 7h30, le givre recouvrant encore les champs, afin de nous rendre le plus vite possible au garage Schwarz de Kirchbach : le temps de se rendre compte de l’efficacité de Herr Schwarz, un grand Autrichien barbu au physique de Kevin Costner, qui commande par téléphone notre vitre, qui viendra de Vienne et devrait être montée demain à 17 heures.

Croyant repartir à pied, nous serons bluffés par la classe de M. Schwarz, qui nous prête une Golf TDI dernier modèle !!!
Voila qui nous permet d’aller faire quelques dernières courses à Kötschach, chez notre BILLA, avant de repartir en virée du côté de Klagenfurt (mais décidés à éviter à tout pris Mini-Mundus !).

L’intérieur de la Golf me frappe par sa géométrie très “Bauhaus”, tandis que le “super moulin” séduit M., d’autant qu’elle ne consomme rien - même si nous constaterons ses limites en virage serré. Ma conclusion de non-experte : la Golf TDI, un petit paquebot d’autoroute mais pas faite pour les routes sinueuses de montagne !
Car il faut dire que la route que nous avons choisi, par Bad Bleiberg, n’est pas facile, inégale, par endroits refaite, à d’autres tressautante et pleine de mauvais virages non signalés …
Nous retrouvons bientôt l’Autobahn, qui longe le fameux Wörthersee, 17km de long - qu’on aura aperçu de loin, entre deux murs anti-bruit : pas le temps de s’y arrêter, ni vraiment l’envie de voir Velden, la ville des casinos tant vantée par nos hôtes (les lecteurs interessés pourront lire à ce sujet le carnet de voyage de Cécile en Carinthie !).
A l’approche de Klagenfurt, des “gendarmes” nous font signe de ralentir … Et pour cause : sur la file de gauche de l’autoroute, des voitures sont … GARÉES, tout simplement !!!
D’ailleurs, l’autoroute se termine, sans plus de chichis … à un feu rouge. Il faut l’avoir vu une fois dans sa vie … !
En fait, nous l’avons déjà vu … aux Pays Bas, une autoroute qui s’interrompt, sans crier gare, sur un rond-point.
Sur ce, nous décidons, un peu par caprice, d’éviter la grande ville de Klagenfurt, capitale du Land de Carinthie (les lecteurs intrigués liront avec profit le carnet de voyage de Cécile sur ce sujet !) …
 
 
Et de filer sur Sankt Veit, repérée dans mon guide Michelin (vieux de 20 ans !), comme une région de châteaux. 

Après pas mal de difficultés à s’orienter, à cause d’une “Umleitung” (déviation) et de panneaux indicateurs minuscules, nous trouvons enfin la bonne route (par miracle !), avant de suivre l’indication “Hochosterwitz Burg” … 
Un “Burg” réputé, que nous apercevons bientôt au loin, trônant sur son éperon rocheux escarpé qui se dresse sur la plaine.

Génial, ce château de contes de fée, avec tourelles et remparts en parfait état …

Garés tout en bas, nous montons à pied le long chemin circulaire qui mène … à un vaste parking, mais surtout à un guichet où nous apprenons que l’entrée coûte 7 euros par personne … mais surtout qu’il n’y a pas grand chose à voir, l’intérieur ne se visitant pas, si l’on en juge par les photos et livres exposés : juste des remparts, des portes, une chapelle …
Ce genre de commerce touristique nous rebutant quelque peu, nous décidons de chercher un autre château plus intéressant : ce qui se révèlera impossible, les indications de mon Michelin n’étant pas suffisantes …
 
 
Bon, allons visiter la ville de Sankt Veit : là, bonne surprise, voila une charmante petite ville, belle, propre et fleurie, aux superbes façades de couleurs pastel, où nous dégusterons, à la terrasse d’un Konditorei, un sublime (osons le mot !) gâteau “typiquement germanique”, énorme et aérien, composé de quelques framboises fraiches recouvertes d’une montagne de crème aérienne coiffée d’un léger biscuit et servi avec un cappucino … 
De quoi se remettre de nos (toutes petites) déceptions et nous donner la force de visiter le petit musée des transports (3 euros) bien sympa.

Avant de flâner dans la rue piétonne de Sankt Veit, par un soleil radieux : un superbe souvenir !

Vers 17h30, nous retrouvons notre Golf TDI, direction Feldkirchen, à travers une campagne vallonnée, cultivée, habitée … et broutée par les vaches tâchetées !
 
Longeant l’Ossiachersee, que nous trouvons charmant malgré l’avis négatif de Sylvia Wastl (qui préfère St Tropez !), nous faisons un arrêt pour quelques photos, le temps d’admirer, de loin, un superbe château fort perché sur la colline ainsi que quelques belles maisons les pieds dans l’eau : un petit paradis !

De retour “zu Hause” à 19h30 …
Ce soir, je note que sur la TV allemande (ZDF), la série policière commence à 20 heures … alors que les “Nachrichten” (nouvelles) ne démarrent qu’à … 21h45 !!!
Voila un fossé culturel impressionnant, si loin de notre sacro-saint journal de 20 heures !

Mardi 16 septembre
 
 
Nous décidons de nous lever tôt pour notre dernier jour : c’est donc à 11h45 (!) que nous quittons la maison au volant de notre TDI, décidés à revoir Gmünd et son Musée Porsche. 
En empruntant un nouvel itinéraire, petite route de col dans les sapins, avant de retrouver l’autoroute, sortie vers la “Maltatal” (vallée de la Malta), où j’ai repéré une “route panoramique” : est-elle payante, à l’image des grandes routes touristiques de montagne autrichiennes, nous ne le savons pas encore.

Allons-voir, cette vallée se trouvant juste au dessus de Gmünd. Après avoir failli écraser deux moutons qui traversent tranquillement la route devant nous, nous arrivons bientôt … à un péage : 14,5 euros pour 18km de route, où l’on monte à 2000 mètres pour trouver … un restaurant panoramique …
Quant on sait que c’est le prix de l’entrée pour … une semaine à Yellowstone, le gigantesque parc national américain rempli de merveilles de la nature en tous genres, on a du mal à digérer ce genre de “péage” !!!
Non et non, pas d’accord  (ceux qui voudraient quand même emprunter une route panoramique liront le dernier carnet de Cécile !)


 
D’ailleurs, entre parenthèse, je n’apprécie pas trop cette idée de faire payer une route sous prétexte qu’elle est “panoramique” : l’arrière-pays niçois (un exemple au hasard !) regorge de ce genre de “curiosités” (sans parler du col du Restefond, à près de 2900m), toutes plus gratuites les unes que les autres.

Nous nous rabattons donc sur Gmünd, une vraie merveille également, et libre d’accès.
Auparavant, visite du “Porsche Museum”, petit mais instructif, qui rappelle que Ferdinand Porsche et son fils Ferry (l’inventeur de la “Porsche”), s’étaient installés en Autriche durant la dernière guerre. C’est là que fut conçue et fabriquée la désormais mythique “Porsche 356”. (pour en savoir plus, lire Germania magazine, spécial “made in Germany”).
 


 

Ensuite, direction le Konditorei, où nous nous retrouvons devant d’énormes (autant que sublimes, les meilleures de notre séjour, qu’on se le dise !) “Erdbeernusstorten”, dégustées au milieu d’un océan de têtes blanches descendues d’un car de tourisme !

Et nous repartons explorer Gmünd, ses bâtiments historiques très anciens, bien que repeints de neuf, ses façades pastel pimpantes, aux tons doux : eine so schöne Stadt !

C’est l’heure de reprendre notre Golf pour le rendez-vous avec le garage Schwarz, à 17 heures. Nous arrivons à l’heure pile, tels des clients germaniques types, pour payer la facture (510 euros mais c’est l’assurance qui rembourse). Réparation nickel, service impec, nous remercions Herr Schwarz en anglais, le gratifiant d’un “very professionnal” qui semble lui faire plaisir. Vu son physique américain, et son t-shirt “Chicago”, il doit être aux anges !

Il nous reste encore le temps de repartir en vélo, pour une dernière ballade au soleil déclinant, le temps de dire “adieu” à la rivière Gail et à cette vallée romantique qui, je le sens, va bientôt nous manquer …
 
 

A 20h, arrive comme prévu Sylvia avec “die Rechnung” (l’addition !) à payer = 36 euros par jour plus … 20 euros d’électricité pour 8 jours (c’est cher, l’électricité en Autriche, ou je ne m’abuse ?)
Sylvia  nous raconte ensuite que cette merveilleuse “Gailtal” n’est en réalité pas aussi riche qu’elle en a l’air : travaillant au tribunal de commerce, elle est bien placée pour savoir que les faillites sont nombreuses (beaucoup de petites boutiques ferment) et le chômage important, obligeant les jeunes à s’exiler à la ville. Son frère qui a sa maison ici travaille chez BMW … à Munich (350 kilomètres, aller-retour chaque semaine !!!).
Restent les touristes - surtout Allemands - les seuls Français qu’elle ait vu avant nous, c’était des parisiens … il y a 10 ans !
Français si vous saviez … comme est belle la Carinthie !
 

Mercredi 17 septembre

Levés avec le soleil, le givre couvrant encore les prés, nous avons l’heureuse surprise de trouver, à l’heure du départ, sous l’essui-glace, la bâche en plastique que le garage Schwarz avait oublié de nous rendre hier : sympathique attention, qui nous évite d’y repasser :  “prima”, Herr Schwarz  !
Et nous voila partis pour un retour sans encombre, par le même chemin qu’à l’aller, admirant une dernière fois les jolis chalets blancs à balcons de bois si généreusement fleuris et les paysages verdoyants si apaisants et domestiqués de la Carinthie, du Tyrol de l’Est et même encore un peu du Haut Adige germanophone, même si les caractéristiques germaniques laissent peu à peu la place à la fantaisie italienne, en particulier celles des conducteurs, adeptes entre autres de la queue de poisson …
Dernière image de notre voyage : déguster une délicieuse glace, “cornetto cappucino”, debout faute de banc sur un terrain vague, entre poids lourds, poubelles  et buissons anémiques … J’adore les glaces italiennes … mais pour la qualité de la vie, je préfère l’Autriche !
 


 
 
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